"C’est néanmoins sans artifice que l’existence, dans le déséquilibre et l’angoisse, accède au “point” qui la délivre. À l’avance, ce point est devant moi comme un possible et l’expérience ne peut s’en passer. Dans la projection du point, les mouvements intérieurs ont le rôle de la loupe concentrant la lumière en un très petit foyer incendiaire. C’est seulement dans une telle concentration — au-delà d’elle-même — que l’existence a le loisir d’apercevoir, sous la forme d’éclat intérieur, “ce qu’elle est”, le mouvement de communication douloureuse qu’elle est, qui ne va pas moins du dedans au dehors que du dehors au dedans. Et sans doute c’est une projection arbitraire qu’il s’agit, mais ce qui apparaît de cette façon est l’objectivité profonde de l’existence, dès que celle-ci n’est plus un corpuscule tassé en lui-même, mais une vague de vie se perdant."
– Georges Bataille, L’Expérience intérieure, 1943-1954
"Ceci reste du point, même effacé, qu’il a donné la forme optique à l’expérience. Dès qu’il pose le point, l’esprit est son oeil (il le devient dans l’expérience comme il l’était devenu dans l’action)."
– Goerges Bataille, L’Expérience intérieure, 1943-1954
"Certes le temps s’écoule, mais pourtant jamais rien n’arrive.
Tout est là.
Tout l’avenir, aussi bien, — dans le moindre fragment d’espace.
Tout y est lisible,
Pour qui veut bien, pour qui sait bien l’y voir."
– Francis Ponge, L’Atelier contemporain, 197
"La mort n’est-elle pas présente dans la pulsation normale du coeur, dans le tempo normal de la respiration? — Certes, elle y est présente, mais elle y va sans précipitation.
Entre le paisible et le fatal, Chardin tient un méritoire équilibre.
Le fatal, quant à moi, m’est d’autant plus sensible qu’il y va d’un pas égal, sans éclats démonstratifs, va de soi."
– Francis Ponge, L’Atelier contemporain, 1977