"Mes pensées, dit le Voyageur à son ombre, doivent m’indiquer où j’en suis : non pas me révéler où je vais. J’aime l’ignorance de l’avenir et ne veux succomber à l’impatience ni à la saveur anticipée des choses promises."
– Nietzsche, Le Gai Savoir
"On ne travaille plus. Le tricot est là, tout fait, partout."
– Henri Michaux, La Ralentie, in Lointain intérieur
"Dans quelque deux ou trois ans, je pourrai faire un roman. Je commence grâce à ce journal à savoir ce qu’il y a dans une journée, dans une semaine, dans plusieurs mois.
C’est horrible du reste, comme il n’y a rien. On a beau le savoir.
De le voir sur papier, c’est comme un arrêt."
– Henri Michaux, Ecuador, Gallimard, 1929/1968
"Les frissons ont en moi du froid toujours prêt.
Mon vide est un grand mangeur, grand broyeur, grand annihileur.
Mon vide est ouate et silence.
Silence qui arrête tout.
Un silence d’étoiles.
Quoique ce trou soit profond, il n’a aucune forme.
Les mots ne le trouvent pas,
Barbotent autour.
J’ai toujours admiré que des gens qui se croient gens de révolution se sentissent frères.
Ils parlaient l’un de l’autre avec émotion : coulaient comme un potage.
Ce n’est pas de la haine, ça, mes amis, c’est de la gélatine.
La haine est toujours dure,
Frappe les autres,
Mais racle ainsi son homme à l’intérieur continuellement.
C’est l’envers de la haine.
Et point de remède. Point de remède."
– Henri Michaux, Ecuador, Gallimard, 1929/1968